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abourick wrote:
> "Foya" <foyaNO@xxxxxxxxxxxxxxxx> a écrit dans le message de news:
> xn0f78pyajbqcuz000@xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
> > Bartleby wrote:
> >
> > > On Fri, 08 Jun 2007 08:43:45 +0200, R.Etienne
> >><robert.etienne@xxxxxxxxxx> wrote:
> > >
> > > > "Les juifs de France n'ont un avenir que si la France reste
> > > > une nation ; il n'y a pas d'avenir possible pour les juifs dans
> > > > une société multiculturelle".
> > > > (d'un intellectuel de la communauté, ex-communautariste,
> > > > ex-idéologue de progrès, ex-immigrationniste, bientôt
> > > > nationaliste, lol)
> > >
> > > Le propos me semble contradictoire :
> > >
> > > Comment conserver une identité culturelle autrement que dans une
> > > société multi-culturelle ?
> > >
> > > Plus généralement, en quoi une nation ne peut être
> > > multi-culturelle ?
> >
> > C'est un raisonnement sophistique. Vous illustrez là les ravages du
> > logicisme et du rationalisme lorsqu'ils sont utilisés pour attaquer,
> > dissoudre - ce que Castoriadis appelle la logique
> > ensembliste-identitaire.
>
>
> Tout groupe humain, même les bobos mondialistes et
> multiculturalistes, est fondé sur une logique identitaire qui
> l'affirme en tant que groupe et marque les contours de ce qu'il
> accepte et de ce qu'il rejette. Castoriadis vient d'inventer l'eau
> tiède ! Il n'existe pas de groupe qui échappe à cette logique.
Le fait que j'attribue cette caractéristique à mon interlocuteur qui,
précisément, se rangeait plus dans les "mondialistes
multiculturalistes" que l'inverse, aurait dû te donner un indice du
fait que tout cela était peut-être un peu plus subtil que ça; ou alors
le fait d'avoir juste lu Castoriadis ;-)
Cela dit en prenant "logique identitaire" au sens trivial,
sociologique, tu as parfaitement raison.
>
> > Avec ce type de radicalité déconstructrice et
> > nominaliste on peut aller jusqu'à prouver qu'il n'existe pas
> > d'espèces en biologie par exemple; dans le domaine de la vie, de
> > l'homme et des sociétés, tout est continu et graduel, rien n'existe
> > en soi, tout se fond dans tout, dans le grand Tout; mais évidemment
> > on n'est pas très avancé une fois qu'on a dit ça !
>
>
> C'est absolument faux. L'information génétique dont chaque être
> vivant est porteur est naturellement organisée en groupes distincts
> appelés espèces.
Non, certainement pas, il n'y a aucun marqueur de l'espèce dans l'ADN;
les choses sont bien plus floues que ça. Il y a un excellent petit
livre écrit en 2001 par Ernst Mayr (à presque 100 ans ! il est mort à
101 ans il y a 1 ou 2 ans): "What evolution is", qui est une bonne
synthèse (simple) des connaissance (de base) actuelles en biologie
évolutionniste (disons: suffisament étayées).
> Aucune déconstruction de ce fait empirique n'est
> rationnellement possible. On peut nier l'existence des espèces
> vivantes mais cela ne va pas très loin.
On peut construire un raisonnement qui prouverait qu'elles n'existent
pas comme des essences, qu'elles ne sont que des concepts projetés par
l'humain. Il y a de fait des tas de cas où la délimitation des espèces
n'est absolument pas évidente dans la nature. C'est avec le même type
d'arguments que l'on explique que les races n'existent pas, ou que de
plus en plus de gens réclament des droits pour les animaux (nient la
différence spécifique des humains), il n'y a après tout que 1,6% de
différence entre notre ADN et celui du chimpanzé !
Ce que je décris c'est l'envers de ce type de raisonnements -
réductionnistes, rationalistes, déconstructeurs, nominalistes, etc. -
qui présuppose implicitement son contraire pour exister. Ce types de
raisonnements radicaux sont, implicitement, de la forme: "puisqu'il
n'existe pas d'essences absolues et parfaites, alors il n'y a rien",
tout ou rien. Les déconstructeurs les plus radicaux sont toujours des
déçus de l'absolu. J'ai mis du temps à comprendre ça parce que notre
pensée occidentale est traversée par la notion d'absolu de part en part
(il ne peut y avoir qu'un Dieu pour tout le monde, il ne peut y avoir
qu'une morale pour tout le monde, qu'un droit pour tout le monde, etc.,
en ce sens juridico-moral l'universalité est un absolutisme), chez nous
le relativiste n'est pas un sage sceptique, c'est un chercheur d'absolu
qui n'a rien trouvé !
> Quel est ce groupe humain qui nie les différences ethniques,
> culturelles, religieuses, économiques, sociales... ? Cette négation
> constitue donc une partie de l'information qui le structure comme
> groupe social. Le reste de cette information est constitué de la
> véritable pratique sociale de ce groupe qui organise une très stricte
> sélection sociale de ses membres fondée sur la richesse, la situation
> sociale, l'école privée, les vacances huppées, les quartiers riches
> et protégés des centre-villes et la bobofitude qui nie les
> différences ethniques, sociales... C'est un groupe très
> caractéristique qui profite économiquement et symboliquement de la
> mondialisation, qui pense qu'il pourra surfer sur cette vague pour
> rester au top niveau.
Tu as tout à fait raison, le seul soucis c'est que notre époque tente
d'imposer la culture cosmopolite des élites à tout le monde, ça c'est
une nouveauté (rôle des médias, de l'égalitarisme probablement). En
fait le phénomène est plus complexe, il y a un processus croissant
d'individualisation: c'est à dire une puissante idéologie (pas sans
rapport avec le capitalisme à l'origine mais qui ne lui est pas
réductible - il y a une grosse influence chrétienne à la base ), une
"représentation collective" qui crée cette illusion d'un individu
autonome et autosuffisant, illusion dont la lecture des 30 premières
pages d'un ouvrage de linguistique suffit à montrer l'absurdité et
l'invraisemblance; oui mais elle flatte l'individu, là est son puissant
ressort. Bref il y a toujours des groupes comme tu dis, c'est
inévitables, mais ils sont informels et mouvants, il n'y a plus rien
pour structurer durablement l'individu, ou de moins en moins en tout
cas - et cette configuration est létale pour les classes populaires.
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