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Il faut bien comprendre tout d'abord ce qu'est un animal complet et non
se limiter à son aspect incomplet, abstrait.
Un animal, c'est d'abord un paquet d'atomes mis en forme. Ces mises en
forme donnent des cellules. Ces cellules donnent des organes, des
muscles, agencés autour d'un squelette, etc... et tout ceci donne des
membres qui s'articulent chacun autour de l'autre, et chacun possède une
fonction dépendante de la fonction d'un autre, nous avons affaire non
pas à un mécanisme, mais à un organisme - au sens large.
L'Homme sur ce point, ne diffère en rien de l'animal, il apparait juste
quantitativement plus complexe ("il a plus de complexité") que tout
autre animal. Par complexité d'un système j'entends "quantité
d'information permettant de décrire le système".
Ce surplus de complexité n'est pas sans conséquences, car aussi faible
apparait-elle matériellement, aussi grand est ce qui en découle - que je
développe ci-après.
En considérant un animal, seul, on ne considère qu'une partie de
l'animal. Et attention, ceci est très subtile : l'animal complet n'est
pas seulement le corps que nous avons là, il est aussi son comportement,
ses actes, sa vie, son environnement, et l'histoire de ses ancêtres, de
toute son espèce.
C'est vraiment pas facile de bien comprendre ceci, car on pense
couramment que l'animal - ou toute autre chose - là en face de nous,
n'est *que* l'animal en tant qu'il apparait singulier dans l'espace et
le temps à nos sens en tant que matière palpable condensée.
Prenons un arbre, il est aussi ce dont il se nourrit, il est ses
profondes racines jusqu'à la terre elle-même, le soleil, l'atmosphère,
l'eau etc... en gros, toutes les conditions qui permettent à cet arbre
d'être là, plus ce qui lui donne fonction d'arbre en tant qu'arbre, en
quelque sorte, sa "forme comportementale" qui lui donne un lien de
parenté avec tout autre végétal.
Prenons aussi une pierre. Une pierre n'est pas seulement cet espèce de
petit agglomérat de matière, mais elle est aussi toutes les forces
d'érosion qui lui a donné forme dans différentes conditions de pression
et de température, dans différents milieux.
Pourquoi dis-je que la pierre est ainsi ? Parce si vous enlevez soit le
petit agglomérat, soit les forces d'érosion, l'un ou l'autre n'aura plus
de sens d'exister. On ne peut considérer - et ceci est valable pour
toute chose - le petit agglomérat sans considérer en même temps les
forces d'érosion qui en est l'origine. Et l'inverse est aussi valable.
Le concours des ces forces dans un milieu donné vont engendrer
nécessairement des pierres.
Il en est de même pour l'Homme : il n'est pas que l'agglomérat de
matière qui se construit depuis la naissance jusqu'à la fin de
l'adolescence. Cet agglomérat n'est que la manifestation tangible
matérielle d'un ensemble de concours de forces. L'Homme est bien autre
chose encore, il porte en son être sa culture, sa société, sa famille,
enfin toutes ce qui s'est condensé en lui durant sa vie, que ce soit des
idées, des impressions, des sentiments, des actes, etc... pouvant
provenir de très loin dans le passé.
Donc l'Homme est un animal, sur le plan physico-biochimique oui. Mais
nous ne parlons alors que d'un morceau d'animal et d'un morceau d'Homme
: l'Homme-biologique est un animal-biologique. Mais l'Homme-idéel n'a
rien à voir avec l'animal, puisque ce dernier n'a pas de composante
idéelle (ou culturelle - culture de l'Idée - en gros).
Ce que nous connaissons de ce qui est strictement animal ne nous
permettra par exemple jamais de comprendre comment l'humanité, au
travers d'un homme, a put engendrer une Suite de Bach ou un tableau de
Kandinsky.
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